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Jovenel Moïse président d’Haïti

Jovenel Moïse président d’Haïti

« Yo sezi, yo sezi, yo sezi », hurlent à gorges déployées des sympathisants du PHTK, bien installés dans leur stand, peu après 11 heures a.m., le mardi 7 février 2017. « Jovenel Moïse n’est pas loin », s’excite soudain un militant, veste rose, cravate noire, une longue ligne de sueur dégoulinant à la nuque. Il ne reste pas en place sous le soleil de plomb. En quelques secondes, il dégaine son téléphone et se fond au milieu des invités dont beaucoup découvrent le petit chaos sur le site bien aménagé où règne pourtant la débrouillardise à cause de l’absence d’un service de protocole efficient, expression d’un déficit de planification dans la prise en charge des convives. À l’affût, des photographes et des cameramen hâtent le pas et un petit nuage de poussière se lève au loin. Sur le tapis rouge, Jovenel Moïse, 58e président d’Haïti, au bras de sa femme Martine, dont la robe enflamme les réseaux sociaux depuis son apparition au Parlement lors de la prestation de serment, avance au milieu d’une houle humaine armée de curiosités et de smartphones. La révolution technologique change le rapport à l’histoire. L’illustration est patente. Chacun veut sa part, chacun raconte son histoire dans l’histoire de cet entrepreneur agriculteur originaire de Port-de-Paix qui, après 20 mois d’adversité, d’ambition contrariée, s’est finalement hissé à la magistrature suprême du pays. Merci, « yon sèl kout kle » Son premier mot, en signe de reconnaissance envers ses partisans, certains « tombés dans la bataille pour la démocratie », est « merci ». Des applaudissements éclatent, stimulants pour Jovenel Moïse qui polémique, souligne avoir gagné dès le premier tour la présidentielle du 25 novembre 2016. « Yon sèl kout kle », balance, Jovenel Moïse, le croc de la revanche acéré. Le porte-drapeau du PHTK est persuadé d’incarner le choix de l’ordre, du progrès par rapport à l’anarchie et au brigandage. Il dézingue sans citer ses adversaires à la dernière présidentielle, Jude Célestin, Moïse Jean-Charles, Maryse Narcisse, issus de la grande mouvance lavalas. « Je prends l’engagement de redonner à Haïti sa dignité », promet Jovenel Moïse, estimant urgent de briser les barrières de classe, de couleurs pour mettre le pays sur la voie de l’inclusion, pour redonner espoir aux jeunes, candidats jusqu’ici à l’exode vers des terres plus hospitalières tant les horizons sont bouchées dans l’alma mater. « Nous sommes tous des Haïtiens. Il y a une seule Haïti pour tous », soutient le chef de l’État. Yon dous, yon cho Sans donner de détails programmatiques tels l’échéancier, les sources de financement par ces temps de vaches maigres, Jovenel Moïse, rhétorique volontariste, égrène le chapelet des promesses à un public acquis, en extase et visiblement crédule. Il veut réformer l’école, construire des routes, implémenter des grands projets touristiques, tirer des avantages des lois Hope et Help, impulser des politiques publiques, encourager l’équité du genre pour qu’Haïti redevienne forte. Le nouveau président veut d’une Haïti économiquement prospère, socialement juste et écologiquement responsable. Il le dit presque avec la main sur le cœur. Faucon et colombe Jovenel Moïse, quelques minutes seulement après avoir ravivé le goût amer de la défaite électorale au fond de la gorge de ses compétiteurs, tend le rameau d’olivier. Il veut rassembler tout le monde. L’une des premières initiatives de son quinquennat, souligne-t-il, sera la création d’un espace permanent de discussions et les états généraux de tous les secteurs de la nation. Le successeur de Jocelerme Privert, parce que les crises électorales et politiques ont eu des conséquences économiques et sociales désastreuses, veut envoyer l’image d’un pays apaisé, engagé sur la voie de la démocratie, ouvert aux affaires, aux investissements. « La démocratie est en marche en Haïti. C’est une terre plus que jamais propice aux investissements et aux affaires », affirme le chef de l’État, Jovenel Moïse, qui prend des engagements pour la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, la réalisation des réformes économiques nécessaires, la participation active des collectivités territoriales dans le cadre du projet de développement national. Jamais, plus jamais « La justice sera impartiale et équitable », affirme Jovenel Moïse, motivé, à l’entendre, par la volonté de rassembler les compétences autour de lui, pour servir son administration, sur la base de l’intégrité, de la moralité, du mérite, de l’ordre et de la discipline. Sur un ton ferme, à la limite martial, le nouveau président d’Haïti, encore l’objet d’une instruction judiciaire pour suspicion de blanchiment des avoirs, s’engage, jure : «Sous mon administration, jamais, plus jamais les institutions ne pourront être instrumentalisées à des fins de persécutions politiques ». Ses partisans exultent. Le courant passe. Hommage à M.M La même formule sur la bouche, Jovenel Moïse, favorable à un changement des conditions de vie du peuple en mettant ensemble le soleil, la terre et les gens, d’un hommage à l’autre, remercie sa femme Martine, son soutien (bwa dèyè bannann ). L’ex-président Michel Joseph Martelly qui avait laissé le Palais en pleurs un an jour pour jour après l’échec des élections de 2015, est vanté. Il a eu la main heureuse en choisissant cet outsider, homme d’affaires de province, instigateur d’une des plus importantes exploitations agricoles en Haïti ces dernières années. Jovenel Moïse rend hommage à son mentor sous les vivats des militants et de certaines personnalités installées sur le stand officiel où les invités, comme le président dominicain Danilo Media, le président de Guyana David Granger, le vice-président de Cuba, l’ex-président René Préval et son épouse, l’ex-président Prosper Avril et son épouse, l’ex-Premier ministre Evans Paul… étaient à l’étroit. Le travail comme devise Le président Jovenel Moïse, au rendez-vous de la redondance dans ce premier discours dans lequel le mot « ordre » est revenu au moins deux fois, promet au pays de réussir. Il promet de se mettre au travail dès le premier jour de son quinquennat et de ne pas divorcer d’avec ses qualités de bosseur qui se lève tôt et se couche tard. L’effort n’a pas de prix pour laisser un autre pays aux nouvelles générations, soutient-il, affirmant comme d’autres avant lui qu’Haïti est un « boul dyaman ». L’union fait la force Le nouveau président, qui promet de donner la priorité à l’intérêt collectif, est sur la même longueur d’onde que le cardinal Chibly Langlois, chargé de présider la liturgie de la parole et le Te Deum. Le cardinal conseille le dépassement de soi, la recherche du consensus, l’entente, le dialogue, l’unité, la concorde, la solidarité parce que l’union fait la force. La société haïtienne, souligne le chef de l’Eglise catholique d’Haïti, « a besoin de réconciliation, de paix, de travail et de progrès ». « Nous avons un pays à reconstruire… L’heure est au travail, à l’action », indique Chibly Langlois en évoquant les effets du séisme du 12 janvier 2010 et les dévastations provoquées par l’ouragan Matthew dans le grand Sud fin 2016. Le président Jovenel Moïse a le « devoir moral » de servir tous les Haïtiens, particulièrement les faibles, les pauvres. La justice élève une nation, souligne le cardinal Chibly Langlois. Il invite le président Jovenel Moïse à « choisir » les citoyens et citoyennes honnêtes, bien préparés, quelque que soit leur appartenance politique pour « siéger à ses côtés ». Il faut travailler à l’État de droit, veiller à la bonne gouvernance, conseille aussi l’homme d’Eglise. « Nous vous assurons que dans vos efforts pour servir loyalement notre pays, vous pouvez compter sur le support de l’Eglise », promet Chibly Langlois, espérant que le cœur de Jovenel Moïse sera comme celui de Salomon imprégné d’assez de bon sentiment pour demander à Dieu un « cœur docile et intelligent pour gouverner avec sagesse et sollicitude ». Pas dans le misérabilisme de la cupidité, souligne Chibly Langlois dont les mots se sont répandus au-delà de la pelouse du Palais, au-delà des quatre stands, au-delà de quelques centaines de partisans du président Jovenel Moïse, contenus par un service d’ordre impeccable pour boucler le périmètre du Palais national, la nouvelle adresse de Jovenel Moïse qui a mis le pied dans les eaux du pouvoir en Haïti.

Harold Marius

February 8th, 2017

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